Conseil Supérieur d’Ahl-ul Bayt pour la Culture et le Développement au Burkina Faso

Conseil Supérieur Ahl-ul Bayt pour la Culture et le Développement (CSA/CD) 

Actualités

Le nouveau projet de loi sur les libertés religieuses au Burkina Faso continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion publique. A peine adopté en Conseil des ministres que le contenu de ce projet de loi suscite déjà des polémiques qui enflent au sein de l’opinion publique avant sa soumission à l’Assemblée nationale par le gouvernement en vue de son adoption. Réactions de citoyens sur le contenu de la loi qui semble faire des grincements de dents qui se font entendre dans la ville de Ouagadougou.    

Yacouba Belemviré, économiste gestionnaire : « C’est un texte taillé sur mesure »

Yacouba Belemviré

Je ne vois pas l’importance d’un tel projet sur les libertés religieuses. Depuis nos ancêtres, le Burkina Faso était un exemple de coexistence pacifique. Je ne pense pas que faire une loi taillée sur mesure soit disant sur les libertés religieuses, c’est se tromper. Depuis un certain moment, les gens ont tenté de monter les religieux entre eux à travers études et écrits dans certains journaux mais les gens ont su raison garder pour éviter les conflits inutiles et pour faire rayonner davantage la cohabitation pacifique interreligieuse comme d’habitude. C’est vraiment avec une grande surprise que les autorités veulent tailler une loi sur mesure pour soit disant réglementer les libertés des religieux, c’est très osé. On fait un projet de lois comme s’il y avait un problème. Même s’il y avait un problème, ça ne vaut pas la peine d’aller jusqu’à l’Assemblée nationale. On connait les responsables religieux ou l’Observatoire nationale des faits religieux, on peut trouver des solutions à des problèmes s’il y en a à ce niveau et non au parlement.

Chériff Mamadou Coulibaly, communicateur : « Soyons sérieux quand on écrit une loi »

Cherif Mamadou CoulibalyC’est une bonne chose d’encadrer les libertés religieuses. Quand on parle de liberté religieuse, je la comprends comme le fait de savoir vivre sa religion sans pour autant dénoncer tout ce que nous avons comme acquis dans un Etat laïc. Nous savons qu’au Burkina Faso, les gens se donnent beaucoup de libertés. Mais comment encadrer ces libertés pour que nous puissions continuer à vivre sur le plan religieux mais dans une république qui a des normes et lois et qui permettent à chaque citoyen de vivre décemment. Les gens s’habituent souvent à des types d’habillement et de comportements qui pour eux sont des éléments qui traduisent mieux leur foi. Je pense à mon sens que la question n’est pas d’interdire ces comportements, le port de ces objets qui frise souvent le ridicule, mais comment amener les uns et les autres à vivre leur religion sans pour autant jouer sur la laïcité au Burkina Faso. Nous sommes dans un pays où l’administration est laïque, comment jouir de sa foi en restant dans une dynamique laïque. C’est toute la question et il faut encadrer ces genres de comportements pour que chacun puisse tirer le bon profit. Mais comme je le disais, ceux qui écrivent les lois doivent être beaucoup plus sérieux. Parce qu’en réalité, le port de la croix peut constituer un blocage ou irriter certaines personnes dans les bureaux, non. Mais ce qui est mauvais, c’est que dans les relations au sein du service, que la religion ne soit pas un frein, un blocage quelconque. Là, il y a un problème à ce niveau. Sinon si porter la soutane ou le voile n’a pas d’incident sur le rendement du travailleur, c’est quelque chose qu’il faut revoir à la norme. Il faut que chacun sache raison garder. Nous ne sommes en Orient, dans le Proche-Orient, ni en Israël, au Vatican, ni à la Mecque, chacun doit dans son comportement, dans ses attributs vestimentaires, tenir compte de la laïcité. Autrement dit, nous allons nous perdre avec ces genres de comportements.

Aliya Sinaré: « le projet de loi va créer un désordre »

Mme Aliya Sinaré

On a entendu parler du projet de loi sur les libertés religieuses mais je pense que ça va créer un désordre. Cela est sous entendu mais ce projet vise les musulmans. On sent que les gens cherchent une occasion pour mettre à mal la cohésion sociale que nous avons depuis longtemps. C’est une politique toujours dictée, voire imposée car je ne vois pas ce qui gène les gens. Quand on prend par exemple le port du voile en islam, moi qui suis dans cette situation ne peux pas l’abandonner. Si on demande à celle qui porte le voile de ne pas le faire pour venir travailler, ça pose problème car cela constitue une prescription de notre religion. Si on nous demande de ne plus porter le voile pour venir travailler, c’est comme si on nous empêchait de vivre dans la société et cela cause problème.

Moussa Sawadogo : « ce sera difficile de l’appliquer »

Moussa Sawadogo

Si le projet de loi peut contribuer à faire quelque chose de bien, on ne peut pas dire aux autorités de ne pas la faire. Sinon, ce sera difficile, voir impossible de vouloir interdire aux religieux de ne pas porter des accoutrements religieux. Il faut peut être en discuter avec les autorités religieuses mais je pense que ce sera difficile pour les musulmans par exemple d’abandonner le port de leur boubou. On ne peut pas par exemple interdire aux croyants adultes qui ont effectué le pèlerinage à la Mecque de ne pas porter leur boubou de El Hadj, ce n’est pas possible.

Oumarou Traoré (informaticien) : « ce projet de loi n’est pas la bienvenue »

Oumarou Traoré

C’est une loi qui va causer problème parce que je pense qu’il vise un groupe religieux. Au Burkina Faso, il y a toujours eu la coexistence pacifique entre tous les religieux, donc il faut préserver cela. Cette loi n’est pas la bienvenue. Tout le monde doit porter ce qu’il veut et pratiquer librement sa religion. Les musulmans peuvent voir toutes les procédures légales à leur disposition pour approcher qui de droit pour voir si leur voie peut être entendue.        

Propos recueillis par Saïdou Zoromé

Imam Ismael Tiendrébéogo

Le Conseil des ministres a adopté en sa session du 30 novembre 2016, un projet de loi portant libertés religieuses au Burkina Faso. Ce projet de loi aborde dans son contenu, l’exercice des libertés religieuses dont celles dans les services publics, traite des associations religieuses et énonce des sanctions en cas de manquements aux nouvelles dispositions. Il constitue « un texte assez dangereux pour les libertés religieuses ». Tel est le point de vue de Ismaël Tiendrébéogo, Imam de l’AEEMB-CERFI qui nous a accordé une interview, le vendredi 9 décembre 2016 à Ouagadougou.   

Al Mawadda : En tant qu’imam, quelle lecture faite-vous du projet de loi sur les libertés religieuses au Burkina Faso ?

Imam Ismaël Tiendrébéogo : Pour ce qui est du nouveau projet de loi sur les libertés religieuses, trois articles peuvent poser véritablement problème. Il y a les articles 25 qui reviennent sur la nuisance sonore liée au fait religieux. Ça tout le monde sait que c’est l’AZAN (appel à la prière) que l’on vise. Parce que quelle que part, les gens se sont convaincus que les autres confessions religieuses ont des sons plus acceptables que pour les musulmans. Autrement, il faudra définir le nombre de décibels au dessus duquel on va être dans l’illégalité. Si l’on va interdire tout ce qui est son (ndlr : bruit) venant des édifices religieux tels que l’on les entend autour de 5 heures pas forcément pour les musulmans, ça sera plus difficile pour l’Etat d’apprécier ça. Heureusement, ils ont dit que c’était à l’autorité administrative de gérer ça conformément aux lois et règlements en vigueur. Le deuxième point est l’article 49 en l’état s’il n’est pas modifié qui permet les signes religieux en dehors des lieux et heures de services. C'est-à-dire à contrario, pendant les heures de service, les signes religieux vont être interdits. On va peut-être parler du voile, on va estimer que d’autres signes de religieux sont beaucoup plus discrets que d’autres et que l’on peut laisser passer exactement comme cette hypocrisie que l’on a vue en France à savoir d’un côté, interdire les signes religieux ostentatoires et de l’autre, permettre des signes que l’on peut mettre sous le vêtement et que les gens portent au cou. Le 3ème aspect est que l’Etat se donne les moyens de réglementer les enseignements religieux, notamment l’Etat peut interdire l’enseignement ou la transmission de certains textes religieux. Cela est une atteindre grave à la liberté religieuse parce que si l’Etat doit décider de ce qui est admissible dans le domaine de l’enseignement religieux ou ce qui ne l’est pas, l’Etat se substitue véritablement aux autorités religieuses. S’il y a une disposition du code pénal ou une loi civile qui est démontée ou vis-à-vis de laquelle un texte religieux est en porte-à faux, ça c’est autre chose. Mais d’office, s’attribuer la possibilité en tant qu’Etat de réglementer ce qui peut être transmis ou pas du côté religieux, c’est une atteinte assez grave à la liberté des individus et dans aucun pays de par le monde, cela ne s’est vu. En France avec ce qu’ils ont comme l’état d’urgence, aux Etats Unis et un peu partout, jamais l’Etat ne s’est senti aussi puissant pour décider de quel enseignement pouvait être accepté ou pas au niveau de la religion.  Quand il y a des enseignements qui tombent sous le coup de la loi pénale, il faut voir parce que la constitution ne peut pas d’une part, garantir la liberté religieuse et que d’autre part, il y ait une loi par laquelle l’Etat se donne le droit de cisailler les enseignements religieux pour dire voilà ce que nous acceptons et voilà ce que nous n’acceptons pas.  

Les confessions religieuses ont-ils été impliqués dans l’élaboration du projet de loi ?

Il y a eu concertation mais le retour qui m’a été fait est que l’un des représentants de la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB) qui a dit que quand ils étaient à Koudougou pour un atelier de lecture participative inclusive à l’avant projet de loi auquel les communautés religieuses ont été invitées, ils ont voulu faire des commentaires sur des points mais apparemment, on ne les a pas écoutés selon ce qu’il m’a dit. Je sais également qu’au niveau de la FAIB, il y a une correspondance qui devait être adressée, je ne sais pas si elle sera écoutée. Au niveau de l’Observatoire national des faits religieux (ONAFA), on a demandé plusieurs fois le texte pour y jeter un coup d’œil parce qu’elle est l’émanation des structures faitières confessionnelles et dispose d’une autonome. Sinon, on pouvait confié aux confessionnelles religieuses la mission offerte à l’ONAFA. On a demandé ce texte et on ne l’a pas vu. Je pense que c’est un texte assez dangereux pour les libertés et c’est dommage que les musulmans, les religieux de façon générale ne perçoivent pas le danger. Parce qu’en réalité, si vous prenez les études sur le terrorisme, en France, on dit que c’est 0,02 pour cent des musulmans qui s’y sont impliqués.  Au niveau mondial, le Pentagone dit que c’est 0,2 pour cent de musulmans qui sont suspectés (pas convaincu) d’être des terroristes.  Il y a un rapport du Centre pour la gouvernance démocratique présidé à l’époque par Augustin Loada qui fait le profil des « terroristes » (entre guillemets) et qui dit qu’ils ont une pratique religieuse inférieure à la celle moyenne des musulmans. Si vous prenez un musulman ordinaire, ce qu’il fait comme pratique religieuse, les terroristes ne le font pas. Donc, cela veut dire que ce ne sont pas les plus excellents parmi les musulmans d’après ce critère. Du reste, les personnes qui souffrent le plus du terrorisme et qui en meurent le plus sont surtout des musulmans. Je suis étonné qu’une portion aussi infime (0,2%) soit suspectée (même pas convaincue) que l’on ait un profile de terroristes qui pratiquent moins bien que la moyenne des musulmans, que l’on ait davantage de musulmans qui soient victimes de ce terrorisme et que par-dessus, le marché, les gens profitent du terrorisme pour restreindre les libertés religieuses des autres. Je ne sais pas par quelle gymnastique cela peut se faire.

Que peuvent faire les autorités religieuses quand on sait que le projet de loi sera bientôt transmis à l’Assemblée nationale en vue de son adoption ?

Je ne sais pas ce que les autorités religieuses musulmanes comptent faire, mais ça été transmis à l’Assemblée nationale (AN). J’ose croire que l’AN est vraiment l’émanation du peuple et qu’elle sera soucieuse des répercussions négatives que cette loi pourra amener. Si on dit par exemple aux musulmans de ne pas faire l’Azan (l’appel à la prière), je me demande comment on peut expliquer qu’un musulman accepte que quelqu’un puisse faire du bruit dans sa cour parce qu’il a une cérémonie religieuse ou parce qu’il veut célébrer tel out tel évènement, ça va être difficile. Parce d’un coté, on ne peut dire à moi de ne pas faire du bruit et de l’autre, de supporter le bruit qu’un autre fait dans un autre cadre strictement laïc ou religieux que je vais accepter. Cela va amener les graines de la perturbation et l’absence de cohésion sociale.

« Ce projet de loi est spécialement dirigé contre les musulmans »

Les députés doivent avoir conscience de cet élément là. Même après l’adoption de la loi, les musulmans en tant qu’organisation, ou pris individuellement, peuvent attaquer la loi pour non-constitutionalité. Parce que si la constitution garantit la liberté religieuse et qu’en face, on a une loi qui donne à l’Etat, le pouvoir de cisailler les enseignements de la religion, cette loi posera fondamentalement problème quand à sa constitutionalité. Le 3ème élément est que les musulmans réalisent la fragilité de leur situation et qu’ils puissent mieux s’organiser ou ouvrir les yeux davantage sur ce qui est le rapport de force actuelle qui n’est pas forcément à la faveur des musulmans. Ce projet de loi est spécialement dirigé contre les musulmans.

Certains estiment que l’élaboration de ce projet de loi a été instrumentalisée, que dites-vous ?

Je ne saurais le dire parce que je ne sais pas ce qui a poussé à cela. Seulement, je constate que 0,2 pour cent de l’ensemble des musulmans du monde suspectés d’être des terroristes, ne peuvent pas contrebalancer les intérêts de 99, 8 pour cent  de la population musulmane, sauf que s’il y a quelque chose derrière. Quand on estime que les musulmans subissent déjà la majorité des dégâts causés par les terroristes, c’est une double punition. C’est comme si l’on dit que dans tel ou tel ethnie, l’on a retrouvé telle ou telle pratique et comme la loi a sévi contre la pratique, il faut punir toute la communauté en restreignant sa liberté. Ça va être choquant. Au niveau international, les gens ont travaillé à culpabiliser les musulmans. Quand on parle de terrorisme, il y a des musulmans qui se sentent tout de suite mal à l’aise. Moi, je n’aurai jamais ce complexe parce que je sais ce que ça recouvre comme notion. C’est une notion non définie et indéfinissable parce que les Etats ont des notions, des intérêts qui ne leur permettent pas de s’accorder sur ça. La représentante de la commission pour le développement et la promotion des droits humains qui a avoué son incompétence en 2001 quant à définir le mot meme terrorisme. Amnistie international préfère l’utiliser entre guillemets parce que l’on ne sait pas à quoi sa renvoie.

« L’Etat ne fait pas des efforts pour tenir compte des musulmans »

Donc, on a travaillé à culpabiliser les musulmans et souvent, vous avez en face, une ONG américaine, l’association internationale des médecins contre les guerres nucléaires qui a été pris Nobel en 1985 et deux autres ont fait le bilan que ce que l’on a présenté comme la lutte contre le terrorisme a tué plus de 1,3 millions de civils en Syrie, au Yémen, au Pakistan, en Afghanistan. C’est moins que ce que les terroristes ont fait. Je pense que l’Etat ne fait pas des efforts pour tenir compte des musulmans, dans beaucoup d’aspects. Vous avez par exemple un communiqué du ministère en charge de l’administration territoriale juste après les attentats de janvier 2016 qui dit que des citoyens mus par une colère compréhensible s’empennent à des barbus, à des voilés, etc. Mais quand un Etat républicain qui se respecte estime que le fait de s’en prendre à des voilés et des barbus qui n’ont rien à voir avec l’attaque, estime que ces attaques sont mus par une colère légitime, c’est une communication grave. On a vu après ces actes, l’Etat n’a posé aucune action dans le sens de punir ces actes de vindictes populaires qui ne s’expliquent pas. Pas cela n’est pas normal que l’on se rende justice, on a fait des campagnes à tout vent pour lutter contre l’incivisme, mais qu’est-ce que l’Etat dit quand on s’en prend à des gens simplement parce qu’ils sont voilés ou barbus. L’Etat n’a rien dit sur la question. Et récemment avec ce qui s’est passé à Koudougou, un communiqué de la direction de la communication de la gendarmerie qui dit que l’on a vu un individu enturbanné de blanc vêtu qui psalmodiait des sourates du coran. Ici il y a deux choses : soit le rédacteur ou le témoin direct de l’évènement est musulman et connait ce que ce sont les sourates et le coran soit, il n’est pas musulman et il ne peut pas prendre n’importe quelle formule pour sourate. Je lance le défi pour celui qui l’a dit qu’il dise exactement quelle est la sourate que la personne récitait. Souvent c’est malveillant parce que quand on dit aux gens que nous avons tiré sur la personne parce qu’elle refusait d’obtempérer, mais que par ailleurs elle remplissait les conditions pour nous effrayer parce qu’elle était enturbanné, elle était de blanc vêtu, elle récitait le coran, on envoie un message sublima au reste de la population pour dire que les enturbannés de blancs vêtu et les récitateurs de coran sont des dangers vis-à-vis desquels on faut réagir promptement. C’est ça qui me choque de la part de la communication du gouvernement mais malheureusement comme je l’ai dit, il n’y a pas eu une réaction de la part des musulmans et c’est dommage. Parce qu’en général, ça commence comme ça et c’est la porte ouverte aux brimades et aux discriminations qui sont déjà installées.          

Interview réalisée par Saïdou Zoromé 

La cohabitation pacifique entre les différentes religions est une réalité au Burkina Faso. Pour s’en convaincre, il suffit de s’imprégner des bonnes relations qui règnent entre les religions dans ce pays (islam, christianisme, animisme,...). Cette situation de bonne cohabitation entre les fidèles musulmans, chrétiens et animistes tranche avec le spectacle désolant de violences liées à l’intolérance religieuse que nous offrent certains pays au quotidien.

Elle est a été sans doute favorisée par la maturité de l’esprit religieux ici au Faso où les hommes et femmes ont décidé de vivre en parfaite intelligence dans la diversité et dans la différence. Cela mérite d’être relevé car comme le disait si bien Sembène Ousmane, « la beauté d’un tapis vient de la variété de ses couleurs ». De ce point de vue, on se saurait s’empêcher d’apprécier positivement le climat de fraternité et de passivité dans lequel baigne la pratique de la foi. A y voir de près, les adeptes des multiples confessions religieuses ont compris qu’il ne sert à rien de se quereller inutilement alors que le Bon Dieu nous enseigne toujours la paix, la tolérance, la solidarité, l’entraide, le respect mutuel, l’amour du prochain, la piété, la clémence, la piété, le pardon, et la liste est loin d’être exhaustive. Ces valeurs cardinales méritent constamment d’être cultivées pour sauvegarder la coexistence pacifique au sein des religions.

Dès lors, Il importe donc de prendre des mesures qui s’imposent pour barrer la route aux détracteurs de la paix afin qu’il ne soit trop tard.  En clair, l’heure n’est pas de dormir sur les lauriers, ni de se contenter de se jeter éternellement des fleurs. Il faut travailler plutôt, nuit et jour, pour préserver les valeurs qui contribuent à faire régner la cohésion sociale et ouvrir l’œil et le bon sur les détracteurs de la paix. Les gens doivent se rappeler toujours qu’ils sont avant tout, des frères et sœurs d’un même pays dont les devanciers ont su léguer la tolérance, l’amitié, la sincérité, l’honnêteté, l’intégrité, etc. Ces valeurs qui semblent malheureusement s’effriter au fil des années au « Pays des Hommes intègres » doivent être préservées à tout prix au nom de l’intérêt supérieur de tous.

Le « sésame ouvre-toi » de la paix

 Ce défi mérite et nécessite d’être relevé. C’est en cela que le dialogue interreligieux se révèle comme le « sésame ouvre-toi » de la paix. Du reste, si le Burkina Faso réussit à évoluer dans une atmosphère de cohabitation pacifique entre les religions, c’est parce que ses fils et filles qui évoluent dans des différentes sphères religieuses ont accepté de parler le meme langage, de communiquer, d’échanger dans le cadre d’un dialogue fructueux.

D’ailleurs, il n’est pas rare de voir, à l’occasion de chaque fête religieuse, des plus hautes autorités d’une religion participer aux côtés de leurs frères et sœurs de l’autre, à la prière et aux activités festives. On se souhaite mutuellement une bonne fête en se donnant la main dans la main, on partage de façon réciproque, les repas, etc. Cette leçon de savoir-vivre en parfaite harmonie dynamique doit être apprise et partagée par tous. Elle dérange visiblement certaines consciences malveillantes qui semblent voir d’un mauvais œil le charme de la cohabitation pacifique en marche entre les religions.

Mais les artisans et animateurs du dialogue interreligieux ne doivent nullement se laisser distraire par ces détracteurs. Ils doivent maintenir haut le flambeau de la lumière qu’ils portent et qui éclaire le chemin de la marche irréversible vers l’horizon du bonheur des croyants. En d’autres termes, le dialogue interreligieux est la voie royale à suivre pour conduire à bon port, les fidèles embarqués à bord du bateau burkinabè qui regorge de différentes religions.               

Al Mawadda

Dr Mamoudou Sawadogo

DRMamoudou Savadogo, médecin infectiologue au CHU-YO (phS. Zoromé) 

La saison sèche qui a débuté reste marquée par une période de vent qui souffle appelée harmattan. Cette période qui s’étend généralement de novembre à février est propice à la propagation de la méningite. Pour éviter cette maladie grave qui continue de tuer, malgré le nombre de diminution de cas, le Dr Mamoudou Savadogo, médecin infectiologue au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-Yalgado) dévoile, dans une interview exclusive qu’il nous a accordée le 23 décembre 2016, les précautions nécessaires à prendre. Il s’est également prononcé sur la situation de la méningite au Burkina Faso et sur les initiatives développées pour combattre ce mal à ses racines.   

Al Mawadda : Qu’est-ce que la méningite et que faut-il faire pour l’éviter?

Docteur Mamoudou Savadogo : La méningite est une maladie assez grave qui sévit de façon endémique avec souvent des épidémies. Elle atteint le système nerveux central et peut avoir des complications graves. D’où la nécessité justement de s’en prémunir. La prévention passe tout d’abord par la vaccination pour les formes évitables par le vaccin. Nous avons des vaccins contre les formes de méningite de type A, W, Y, le triomun qui n’est pas isolé mais combiné en même temps avec le A, le C, le Y, le W que l’on appelle le tétravalent. Le Burkina Faso a bénéficié d’une vaccination contre la forme A en 2010 et ça se poursuit. Le pneumocoque est intégré dans la vaccination de routine, ainsi que l’hémophilie influenza. Ce sont des vaccins qui existent et si les enfants sont bien vaccinés, on peut se prémunir de ces maladies des formes graves évitables par la vaccination. Il y en d’autres qui ne sont pas évitables par la vaccination. Elles demandent des mesures de prévention comme la protection des voies aériennes supérieures quand on sait que le réservoir de foyers à partir desquels le germe rentre dans l’organisme est au niveau de la sphère ORL. Il faut veiller à ce que ces zones ne se dessèchent pas, en portant des masques et en appliquant le beurre de karité qui est recommandé pour éviter le dessèchement de ces parois ORL qui favorisent le passage du germe à partir de cet endroit jusqu’au niveau sanguin puis le système nerveux central pour donner la maladie.

Quel est le groupe cible qui est plus exposé à la méningite ?

Ce sont les enfants et les jeunes qui sont les plus vulnérables. Mais avec l’effort de vaccination, il y a de plus en plus des adultes qui sont exposés. Si les enfants sont vaccinés, il reste les adultes d’un certain âge qui ne le sont pas et qui peuvent développer certaines maladies du fait qu’à un moment donné, si ton immunité est déprimée parce que tu as une maladie qui a fait que ton système de défense de l’organisme ne répond plus normalement, tu es exposé à certaines maladies dont certaines formes de méningites comme la méningite à pneumocoque.

Comment peut-on contacter, la maladie de la méningite ?

Comme je le disais, on contracte la méningite par les voies ORL, c'est-à-dire qu’en respirant, on peut avoir la maladie. Le germe passe à ce niveau pour se trouver au niveau de la sphère ORL et profite d’une situation comme le dessèchement de cette paroi qui se fragilise pour laisser passer le germe à travers la voie ORL pour atteindre le sang. A partir du sang, il pourra rejoindre les méninges qui sont ces fourreaux dont le système nerveux central qui constituent une sorte de gaine qui protège le cerveau et la moelle épinière. A partir du sang, le germe atteint ces parties du système nerveux central et donner la méningite qui est une inflammation de ce fourreau des méninges, une inflammation de ces méninges.

Quelle est la période propice à la propagation du fléau de la méningite ?

C’est la période dite de l’harmattan qui s’étend de novembre jusqu’à février. C’est cette période où il y a un vent qui dessèche les narines et qui les expose à partir des foyers ORL. Mais rarement, ça ne peut être à partir du foyer pulmonaire. Quelqu’un qui commence à tousser et qui néglige,  la toux, s’il y a une atteinte du poumon, il peut avoir une atteinte de la méningite via le sang. De même, à partir de certaines infections, si vous avez des problèmes auriculaires (les oreilles) qui ne sont pas bien traités, on peut avoir une diffusion au niveau du sang et du système nerveux central dont la moelle épinière et sa gaine appelée méninges. A partir de n’importe quelle pathologie, il peut avoir des complications qui puissent atteindre des abcès. Si tu as un problème au niveau du cerveau et on doit intervenir à ce niveau (une chirurgie par exemple) à la base du crâne, si l’on n’y prend garde, à partir du moment où vous allez manipuler ou ouvrir le crâne, il peut arriver qu’un germe puisse traverser et atteindre cette zone des méninges et donner la méningite.

Quelle appréciation faites-vous de la situation de la méningite au Burkina Faso ?

D’une manière générale, on constate depuis la vaccination d’envergure de 2010 contre la forme qui nous fatiguait beaucoup, celle due au A, on constate une diminution assez drastique du nombre de cas. Tel est le constat fait au niveau du service au CHU-Yalgado. Je ne sais pas de chiffres sur l’état des lieux mais on a fait des travaux au sein du service qui ont montré que le nombre de cas de méningites enregistrés au sein  du service est passé de près de 50 % à moins de 20%. A partir du moment où l’on a ciblé la forme la plus épidémiogène qui est la forme A, il y a une diminution du nombre des cas et également, on a intégré d’autres vaccins au niveau du Programme élargie de vaccination (PEV) qui ciblent le pneumocoque (les formes graves) et l’hémophilie influenza. L’effet conjugué de ces interventions a contribué à diminuer le nombre de cas de méningites même s’il reste des cas de formes qui sont graves parce que ça survient sur des terrains particuliers. Par exemple, quelqu’un qui a le VIH-SIDA qui est faible du fait de ce virus, il peut faire une forme grave de méningite qui peut l’emporter facilement.

Quels sont les dispositifs développés dans le cadre de la lutte contre la maladie ?

Les dispositifs développés concernent déjà l’intégration de certains vaccins ciblant la méningite au niveau du PEV. Les enfants une fois nés doivent être amenés par leurs parents au niveau des formations sanitaires pour recevoir des vaccins gratuits qui les protègent toute leur vie contre ces formes de méningite évitables par la vaccination. D’autres stratégies sont celles que nous faisons tous les jours à savoir que s’il y a des cas, il faut savoir les diagnostiquer. Nos  agents sont formés pour cela. Il y a des services comme le notre qui prennent en charge tous les cas de  traitement de méningite.  Si l’on n’a pas pu prévenir, il faut en avale, savoir prendre en charge. Il y a d’autres mesures fortes que l’Etat nous aide à travers la gratuité. Si vous avez un cas de méningite et vous amenez les malades dans les services de santé, ils bénéficient de médicaments, des antibiotiques pour les prendre en charge gratuitement. Ce sont des mesures assez fortes qui nous permettent d’être à la l’aise vis-à-vis de la gestion des rares cas de méningites qui persistent.

Peut-on dire que la méningite reste dangereuse en dépit de la diminution des cas ?

La maladie est dangereuse parce qu’elle peut tuer s’il n’y a pas d’intervention. La gravité réside dans le fait que quand elle atteint le fourreau du système nerveux, elle peut tuer. A défaut de tuer, elle peut gâter l’œil, le malade peut s’en sortir avec une surdité, certaines situations d’encéphalopathies, des crises, la folie, etc. Si le malade n’est pas pris en charge tôt ou convenablement, il peut s’en sortir mais avec des séquelles. Chez l’enfant, on peut avoir des hydrocéphalies, un abcès au niveau du cerveau. C’est une maladie grave d’éthologies multiples car il n’y a  pas que les bactéries. Les virus donnent des méningites, ainsi que les parasites et les levures. Il faut savoir quel type de méningite l’on a pour adapter la prise en charge. Pour certaines formes, on n’a pas besoin de traitement étiologique, il faut soigner le mal et certaines douleurs et l’organisme fait le reste. Toutes les formes virales ne disposent pas toujours de médicaments pour la prise en charge. Par contre, les formes dues à des bactéries, on des antibiotiques. Les formes dues à des levures, on a des antifongiques, les formes dues aux parasites, on des antiparasitaires. Les formes dues à la tuberculose, on a des antituberculeux.  

Quels sont les signes visibles qui permettent de savoir qu’un malade a la méningite ?

On suspecte la maladie sur plusieurs arguments dont le contexte épidémique. Si l’on est dans notre contexte où l’on sait que la maladie sévit, il faut savoir y penser. En dehors de ça, le malade va développer le trépied fonctionnel, céphalées (mal à la tête de façon intense), ne supporte pas la vision de la lumière, ni le bruit (très mal à la tête quand il y a la lumière et le bruit). C’est ce que l’on appelle photophobie ou phonophobie. Après,  il a des vomissements parce que le cerveau est atteint cet œdème cérébral qui peut créer une hypertension crânienne qui fait qu’il a des vomissements. Après, le malade peut avoir la constipation. Devant ces signes, il faut l’examiner et s’il voit qu’il est raid au niveau du cou, il a une hypersthénie cutanée, c’est à dire qu’il ne supporte pas que l’on le touche. Devant cette situation, le personnel de santé doit piquer le dos pour voir l’aspect du liquide dans lequel baigne la moelle épinière. L’aspect macroscopique est caractéristique. Normalement il doit être comme de l’eau, limpide. A partir du moment où il n’est pas clair comme il se doit, il y a une atteinte de cette maladie, il y a méningite. Déjà c’est autorisé de commencer le traitement si l’on veut sauver le malade.

Quels messages aux populations à propos de la lutte contre le fléau ?               

Aux populations, c’est de dire qu’il y a beaucoup de formes de méningites qui sont évitables par la vaccination, fort heureusement. Ce n’est plus concevable que quelqu’un vienne ici qui développe des formes de méningites dont nous savons que le vaccin existe et souvent gratuitement. Il y a une campagne de vaccination cette année contre la méningite, c’est gratuit comme en 2010. Il n’y a donc pas de raison que l’on voit des gens qui malheureusement reviennent avec des formes de méningites évitables par la vaccination. Le message est d’inviter les parents à sortir avec les enfants, les envoyer dans les formations sanitaires pour bénéficier gratuitement de la vaccination. C’est gratuit parce que c’est l’UNICEF qui nous aide ainsi que l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces Partenaires techniques et financiers paient pour nous donner gratuitement. Si les populations ne profitent pas, on ne sait pas quand est-ce ça va se poursuivre. Il faudra donc que nous puissions tous aider le ministère de la Santé par une utilisation optimale de ses services de vaccination. Toute chose qui permettra d’éviter beaucoup de maladies utilisables par la vaccination dont certaines formes (et non toutes les formes) de méningite. Dès le moindre signe de la maladie (fièvre, douleur à la tête, fièvres, vomissements), il faut penser au paludisme mais aussi à la méningite et ne pas rester à la maison pour faire l’automédication. Il faut aller dans les formations sanitaires les plus proches pour recevoir des soins appropriés.    

Entretien réalisé par Saïdou Zoromé  

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